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C’était un dimanche un peu gris, tu sais, ce genre de journée entre deux saisons, où on a l’impression de flotter. Je suis tombé sur ce guide par hasard — ou par destin, va savoir — posé sur la table d’un café queer à Lyon. Sa couverture pétillante m’a attiré. Son titre m’a fait sourire. Happy Time!… j’avais besoin de ça, moi, d’un peu de “happy”, un peu de “time”, et surtout d’un guide qui parle vrai, comme on ne m’avait jamais parlé.
Et là, j’ai plongé. Pas dans un simple annuaire d’adresses, mais dans un monde parallèle bien réel, un monde queer, pluriel, vibrant, intime, collectif, engagé.
Ce guide-là, il ne vend pas des bars. Il célèbre des lieux de vie.

Ce guide-là, il ne vend pas des bars. Il célèbre des lieux de vie.
Entre ses pages du guide Happy Time!, pas de pubs tapageuses ni de lieux “tendance” froids comme des salles d’attente. Non. Ici, on découvre des endroits où l’on peut respirer autrement. Où l’on peut être pleinement soi, sans ajuster son ton de voix ou son histoire personnelle. Ce sont des chorales queer, des lieux d’écoute, des cinémas militants, des cafés où la tendresse s’exprime en toute liberté.
Chaque lieu est raconté avec soin, comme si on te confiait un secret. Et c’est peut-être ça, la magie du guide : il ne vend rien, il partage, il transmet.
Les mots de Yannick Barbe et Luc Biecq m’ont touché
Je les connaissais sans les connaître. J’avais lu Yannick dans Têtu à l’époque, vu Luc signer des papiers forts et nécessaires sur la santé LGBTQIA+. Là, je les découvre autrement. Ils écrivent à deux, mais on dirait une voix chorale, une voix douce et lucide, drôle parfois, toujours humaine. Leur regard est un fil rouge : plein d’amour, de respect et de militantisme lumineux.
Ils ne sont pas là pour faire joli, mais pour rendre visibles. Les lieux, les gens, les histoires. Tout ce qu’on oublie trop souvent dans les grandes vitrines queer du moment.
Et puis il y a les voix. Celles qui nous ressemblent.
Ce guide est habité. Il est traversé par des témoignages. Des portraits. Des cris du cœur. Des visages qu’on connaît — Paloma, Daisy Lusion, Alexis Langlois, Vinii Revlon, La Chocha — et d’autres qu’on découvre avec émotion. Chacun·e raconte un lieu, un souvenir, une lutte, une guérison.
Et ça fait du bien, de lire des récits qui ne sont pas lissés, marketés, édulcorés. Des récits vrais. Qui disent aussi la solitude, la honte, la joie, l’explosion, la fierté.
J’ai noté des adresses. Mais ce n’est pas ça que j’ai retenu.
Oui, j’ai surligné des pages. Noté des noms, des villes, des lieux à aller explorer. Mais ce que j’ai gardé en moi, c’est autre chose : une sensation rare, presque oubliée. Celle d’appartenir à une constellation de gens qui s’aiment sans se connaître. Qui ont monté des collectifs pour survivre, des soirées pour respirer, des espaces pour exister.
C’est un guide, oui. Mais c’est surtout une cartographie émotionnelle. Une carte au trésor queer. Un héritage. Un livre qui te dit doucement : “Tu n’es pas seul·e. Regarde comme nous sommes nombreux·ses, belles, vivantes, en mouvement.”
Ce livre est nécessaire.
Dans un monde où l’on voudrait nous renvoyer à l’ombre ou au silence, Happy Time! nous donne du relief. Il nous donne la parole, la mémoire, la joie, le soin. Il éclaire nos luttes autant que nos envies de danser. Il fait le lien entre le politique et l’intime, entre la scène et l’arrière-cour, entre l’histoire collective et la petite histoire de chacun·e.
“Happy Time! n’est pas un guide. C’est un refuge imprimé, un foyer de papier, une fête qui tient dans un sac”, écrivait joliment un lecteur sur Instagram.
Je ne l’aurais pas mieux dit.
Happy Time!, c’est ce qu’on devrait tous et toutes avoir sur la table de nuit, dans le sac à dos, à offrir à son petit cousin qui se cherche, à garder pour les jours où on doute, pour se rappeler qu’on est là. Ensemble. Et qu’on continue.


